Trouble bipolaire et risque de suicide : les faits concrets

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C’est une statistique brutale. Vingt à trente fois plus élevé. Cela montre à quel point les personnes atteintes de trouble bipolaire sont plus susceptibles de se suicider que le grand public. Environ quinze à vingt pour cent des personnes diagnostiquées mettront fin à leur vie de cette façon. Trente à cinquante pour cent supplémentaires tenteront au moins une fois.

Il n’y a pas que les bas. Ce ne sont même pas principalement les plus bas, même s’ils comptent.

Les chiffres ne mentent pas. Ils crient.

Là où réside le danger

La plupart d’entre nous supposent que le suicide se produit lorsque l’on est déprimé. Dans le cas du trouble bipolaire, cette hypothèse tient généralement la route. Caroline Fenkel, docteure en travail social, note que le risque élevé est étroitement lié aux épisodes dépressifs. Tristesse intense. Désespoir. Vous perdez tout intérêt pour tout. Le sommeil se brise. Le fonctionnement s’arrête.

La dépression entraîne une suffocation lourde et lente. Changements de poids. Une fatigue qui ressemble à du béton. Agitation. Paralysie décisionnelle.

Manie? Moins. Hypomanie ? Encore moins.

Mais le trouble bipolaire non traité est une tout autre bête. Plus vous le laissez tranquille, plus il devient dangereux.

Qu’est-ce qui alimente le risque ?

Un historique de tentatives est important, surtout si les méthodes étaient violentes. Les antécédents familiaux de suicide ou de troubles de l’humeur jouent un rôle. Les récentes sorties d’hôpital sont un point chaud. Le fait de commencer jeune, les cycles rapides et la consommation concomitante de substances font grimper les chiffres. Il en va de même pour les hommes (qui ont tendance à se suicider), les célibataires, les chômeurs ou les personnes vivant seules. Traumatisme. Impulsivité. Même l’altitude, selon certaines recherches.

Repérer les signes

Fenkel affirme que les signes avant-coureurs ressemblent à ceux de la population générale, mais que le contexte est plus précis.

Parler de mourir. Se sentir comme un fardeau. Rage. Agitation. Isolement soudain. Rédiger un testament sans raison logique. Augmentation de la consommation d’alcool ou de drogues. Conduite dangereuse. Les habitudes de sommeil et d’appétit se détraquent.

Regardez attentivement. Regardez vraiment.

Un signe spécifique au bipolaire est un balancement soudain. Un passage rapide d’une dépression profonde à une euphorie ou une agitation extrême peut signaler une crise aggravée. Un autre, peut-être plus terrifiant, est le calme. Un passage soudain de l’agitation à la paix. Fenkel explique que cela peut ressembler à une amélioration, mais ce n’est souvent pas le cas. Cela peut signaler que la personne a pris une décision, planifié sa sortie et ressent enfin le soulagement de cette résolution.

Pourquoi ressentiraient-ils la paix ?

Réduire les chances

La peur est naturelle. La reconnaissance est plus difficile.

Mais vous pouvez lutter contre cela. Les experts décrivent trois étapes concrètes.

1. Rester en traitement

Les médicaments fonctionnent. Plus précisément, le lithium. La recherche montre que l’utilisation à long terme réduit le risque de suicide de 60 à 80 pour cent. C’est un chiffre énorme. D’autres stabilisants comme le valproate, la lamotrigine et la carbamazépine sont également utiles, mais pas autant.

La thérapie aide à gérer les déclencheurs. L’hospitalisation ou les programmes ambulatoires intensifs assurent la stabilité lorsque les choses se cassent. L’abus de substances doit être traité simultanément, sinon rien d’autre n’est valable.

N’arrêtez jamais les médicaments d’un seul coup. Justin Kei, MD, prévient que l’arrêt complet des médicaments invite à la déstabilisation. Prenez les pilules même lorsque vous vous sentez bien. La stabilité est l’objectif. Le risque de suicide diminue avec cela.

2. Contrôler les moyens

Si quelqu’un se suicide, il utilise généralement ce qui lui est proche. Feu. Pilules. Armes.

Restreindre l’accès sauve des vies. Cela arrive partout. Les pays qui limitent l’accès aux outils hautement mortels connaissent moins de suicides. Retirez les armes. Sécurisez les ordonnances. Le Dr Kei le dit clairement : supprimer l’accès réduit les risques. Cela fait gagner du temps. Le temps crée une distance entre la pensée et l’action.

3. Construire un filet de sécurité

Créez un plan. Avec un thérapeute. Avec les proches.

Il faut l’écrire. Identifiez les déclencheurs. Énumérez les stratégies d’adaptation. Connaissez le numéro de téléphone que vous appellerez. Décidez où vous irez si la crise survient, comme aux urgences.

« L’élaboration d’un plan de sécurité permet d’atténuer certains risques », explique Fenkel. “Identifiez les signes avant-coureurs avant qu’ils ne deviennent des ordres.”

Utilisez un modèle. Les Samaritains du Royaume-Uni en proposent un. Adaptez-le. Utilisez-le.

Vous n’êtes pas seul dans le combat, mais les outils que vous choisissez comptent. Restez fidèle aux médicaments. Limitez les armes. Planifiez le pire, en espérant le meilleur.

Ce n’est pas une solution soignée. Mais ça aide.